SCIENCE ET ART DE L’ECOUTE – Qu’entendez vous maintenant ?


See on Scoop.itLES OREILLES BRUISSONNANTES

QU’ENTENDEZ VOUS ?

 

Attention, voici une question piège : Qu’entendez-vous en ce moment-même?

Si votre maison est semblable à la mienne, vous entendez peut-être le bourdonnement d’une imprimante, la basse lancinante du trafic de la route à proximité, et le bruit d’un impact sourd sourd sur le sol , puis celui de pattes felines sur linoléum – ce qui signifie que le chat a une nouvelle fois tenté de ouvrir la boite de biscuits au sommet du réfrigérateur, et n’a réussi qu’à retomber lourdement  sur le sol de la cuisine.

La subtilité de cette question, c’est qu’en vous demandant ce que vous avez entendu, j’ai poussé votre cerveau à prendre le contrôle de l’expérience sensorielle – et vous ai incité à écouter plutôt qu’à simplement entendre. C’est en effet ce qui arrive quand un événement emerge suffisamment du fond sonore pour être perçu consciemment, plutôt que comme une simple composante de votre environnement auditif global. La différence entre le sens de l’ouïe et de la compétence de l’écoute est bien l’attention portée aux choses écoutées.

L’ouïe est un sens largement sous-estimé. Nous avons tendance à penser le monde comme un espace à regarder, un lieu où se tissent des interactions avec les choses et les gens en fonction de leur apparences physiques, visuelles. Des études ont montré que la pensée consciente opère quasiment au même rythme que la reconnaissance visuelle, ne nécessitant qu’un une infime fraction de seconde pour qu’un événement soit perçu et analyse dans la foulée. L’ouïe quand à elle est un sens analytique extrémement rapide. Alors qu’il pourrait vous falloir une seconde pour remarquer quelque chose perçue par la vue, tournez votre tête vers elle, reconnaître et identifier l’objet, la même réaction à un nouveau son survenant brusquement s’effectuera de façon a minima 10 fois plus rapide qu’avec la vue.

C’est parce que l’audtion a fonctionné alors comme notre l’un de nos principaux systèmes  d’alarme – il opère à partir d’une certaine “ligne de mire” fonctionnant ainsi même lorsque vous êtes endormi.  Parce qu’il nexiste pas d’univers  totalement silencieux, votre système auditif constitue un « contrôle de volume » permanent, complexe et automatisé, affiné par le un développement bâti sur l’expérience. Il tente de situer la plupart des sons sur votre “radar cognitive”, reconnaissant ceux pouvant s’avérer comme des signaux utiles, signalant quelque chose de dangereux ou de merveilleux se trouvant quelque part dans votre rayon d’écoute, dans le champ de ce que vos oreilles pourraient détecter.
C’est bien là que l’attention entre en jeu.

Prudence cependant, cette posture n’est pas un processus unique, élaboré par notre cerveau. Il existe en effet différents types d’attentions, ces derniers utilisant d’ailleurs différentes parties bien distinctes du cerveau.

Le bruit inattendu qui vous fait sursauter en est l’exemple le plus simple. Une chaîne de cinq neurones, allant de vos oreilles à votre colonne vertébrale analyse un bruit,  déclenchant si nécessaire une réaction de défense. En un  dixième de seconde – votre fréquence cardiaque s’élève, vos épaules se voûtent,  vous êtes amené à identifier très rapidement la source sonore pour voir si ce que vous avez entendu est prêt bondir pou non pour vous manger tout cru. Cette forme la plus simple, la plus primaire de l’attention, qui ne nécessite que peu d’analyses complexes pour le cerveau, et a été observée chez tous les vertébrés étudiés.

Autre cas, un phénomène plus complexe se déclenche lorsque vous entendez votre nom prononcé  dans un espace public, ou que vous entendez un cri d’oiseau tout à fait inhabituel à l’intérieur d’une station de metro par exemple. Ce stimulus titillant l’attention est contrôlé par des voies situées dans les regions temporales, ou celles du cortex frontal inférieur, essentiellement dans l’hémisphère droit du cerveau. Il s’agit là de régions qui traitent des données brutes, sensorielles, mais ne se préoccupent absolument pas de la façon dont vous devriez réagir face à ces  sons. Les chercheurs en neuro-sciencess appellent cela une réponse «bottom-up».

Mais quand vous portez réellement attention à ce  que vous écoutez, si c’est votre chanson préférée ou le chat miaulant pour réclamer son dîner, une voie distincte s’ouvre alors,  « top-down », et entre en jeu. Ici, les signaux sont transmis par une voie dorsale de votre cortex, la partie du cerveau capable d’effectuer le plus de calculs complexes, ce qui permet de vous concentrer activement sur ce que vous entendez, gommant ainsi les images et les sons qui ne sont pas aussi importants dans l’immédiat.

Votre cerveau fonctionne comme une sorte de casque d’insonorisation, avec des voies ascendantes agissant comme des interrupteurs capables d’interrompre instantannément un processus  d’écoute routinière si quelque chose de plus urgent survient. Par exemple, un bruit de moteur d’avion traversant le plafond de votre salle de bains – ce qui ne manquerait pas d’attirer votre attention, active une forme d’attention, qui place votre écoute en “mode alerte, danger”…

L’audition, en bref, est donc un sens, un processus simple. Nous, et tous les autres vertébrés qui n’ont pas eu de problèmes génétiques, de traumatismes accidentels, possédons un sens qui s’est developpé et affiné en fonction de ses environnements durant des centaines de millions d’années. C’est ce qui constitue une grande part de notre système  de survie, notre système d’alarme, façon d’échapper aux danger, système de survie qui se transmet naturellement dans vos gènes.

Mais écouter, écouter vraiment n’est pas si simple quand  de multiples sources sonores, distractions potentielles assaillent nos oreilles tous les cinquante millième de secondes, alors que votre cerveau est prêt à tout moment à capter notre attention pour nous avertir des dangers potentiels (la voiture qui arrive très vite alors que nous nous apprêtons à traverser la rue).

L’écoute est néanmoins une compétence en danger d’extinction. Nous sommes aujourd’hui menacés de perdre en grande partie l’attention nécessaire à son bon fonctionnement, ou de fortement l’atténuer, face un monde où la surenchère de signaux multimédias, audionumériques, constitue une énorme surcharge d’informations.

Heureusement, nous luttons pour ne pas la perdre. L’écoute est toujours reactive via notre cerveau, s’adaptant aux modèles environnementaux plus rapidement que tout autre sens. S’entraîner à prêter une attention accrue aux éléments, aux stémuli non visuels de notre monde maintient et accroit nos facultés intellectuelles et nos competences d’adaptation.

Nous pouvons former notre écoute tout comme n’importe quelle autre competence mentale, sensorielle ou physique. Ecouter de nouvelles musiques lors de notre jogging plutôt que des airs familiers, tendre l’oreille aux craquements des branches, aux gémissements  de votre chien: il essaie de vous dire quelque chose… Cherchez à percevoir la signification de la voix de votre compagnon , au-delà des aux mots, qui, après quelques années peuvent devenir routiniers, mais comment ils sonnent, ils résonnent, transportent et révèlent des émotions dans leurs harmoniques, leur intonnations…. Vous pourrez sans doute ainsi vous épargner de nombreux conflits relationnels, notament en couple.

« Tu n’écoutes jamais » n’est pas seulement une plainte révélant une relation problématique, cette expression s’est avérée également le révélateur d’une épidémie dans un monde qui privilégie la commodité au contenu, la vitesse au sens. La richesse de la vie ne réside pas que dans l’intensité et le rythme, mais aussi dans les timbres et les variations, la finesse et la subtilité que vous pourrez pas discerner si vous ne portez pas suffisament attention à l’autre, à l’environnement.

Seth S. Horowitz est un neuroscientifique auditif à la Brown University et l’auteur de « The Sense Universal: Comment l’audition forme l’esprit. »

 

Note du traducteur : Ecoutez bien, écoutez mieux, la vie n’en sera que plus belle !

 

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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