RÉCIT DE BALADE SONORE HUMIDE ET IMPROMPTU


See on Scoop.itDESARTSONNANTS – Gilles Malatray – Vers un art du paysage sonore

RÉCIT DE BALADE SONORE HUMIDE ET IMPROMPTUE
Une balade sonore prévue dans le cadre de rencontres écologiques et altermondialiste, avait été, comme il se doit, préalablement repérée, répétée, délimitée.
A l’heure où ladite promenade devait avoir lieu, les conditions météorologiques se montrèrent plus que défavorables, déversant sur Dijon quantité d’eau furieuse, ne nous permettant pas de mettre raisonnablement une paire d’oreilles dehors, même des plus hardies.
Peu importe, ce que l’on ne pourrait pas ouïr en extérieur, on l’improviserait dans une écoute intérieure, en tous cas à l’intérieur des bâtiments de l’université qui nous accueillait ce jour là.
Tant pis pour les cours intérieures et rues avoisinantes, les couloirs et passages couverts serviraient donc de terrains d’écoute.
Le groupe d’écoutants joue alors le jeu, et commence à partir doucement à l’exploration d’une architecture sonore, à l’improviste, mais néanmoins guidé.
Le bâtiment est vaste, ancien, labyrinthique et très typé. Une ancienne université massive et imposante.
Des craquements boisés de pas, qui aimeraient pourtant se faire plus discrets, sur des parquets, dans des escaliers… Ils font néanmoins partie du jeux d’écoute.
Des transitions, passages et couloirs assez bas de plafond, débouchant soudain sur des espaces plutôt en hauteur, avec des modifications d’acoustiques soudaines et remarquables, des coupures impromptues, vivifiantes, une architecture qui garde l’oreille dans un agréable état d’alerte, sans pour autant la brusquer outre mesure.
Un moment magique car inattendu : une avancée couverte d’un toit de tôles plastiques qui, pour être très inesthétique, nous offre un abri couvert que la percussion des gouttes d’eau transforme en un véritable instrument de musique. Un concert de gouttes aquatiques plicploquant au-dessus nos têtes, spatialisées, résonantes, timbrées, aux rythmes aléatoires et complexes. Le moment que l’on attend pas et qui nous offre, d’un coup d’un seul, un instant de belle musique des lieux, comme un point fort, un acmé sonore au cœur de notre déambulation.
L’instant qu’il faut savoir saisir, l’espace qu’il faut apprécier, ne surtout pas éviter mais au contraire prendre le temps de l’apprécier à sa juste valeur.
Le reste du bâtiment continue de s’offrir bien volontiers à notre exploration auriculaire – des voix feutrées exfiltrant des bureaux aux portes entrouvertes, et parfois jaillissantes au dehors comme des diables à ressort, des talons solitaires ou en groupe se rapprochant ou s’éloignant, dessinant des espaces devinés dans leurs formes et volumes. Des sons familiers, aisément identifiables même si dissimulés à notre vue par d’innombrables cloisons ; photocopieurs, sonneries de téléphones, bips informatiques, portes de placards métalliques… Toute une vie quotidienne à portée d’oreilles !
Les aléas climatiques ont finalement modelé une promenade des plus surprenante, où d’ailleurs l’élément aquatique lui-même joua un rôle des plus important. Ne jamais maudire les contretemps, ni renoncer à leur tendre l’oreille !

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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