Formation, ausculter l’architecture – Retours


Formation, ausculter l’architecture – Retours

Le 4 février 2014, École d’Architecture de Grenoble

École d’hiver, organisé par le Cresson

Intervenant formateur Michel Risse

postures-extensions-protheses-decoute-L-16Dans le cadre de la semaine du son et d’une formation « l’école d’hiver » dont la thématique de cette année était « Architectures sonnantes« , le Cresson, Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain un laboratoire de recherche de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, implanté à l’ Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble , a invité Michel Risse, compositeur et directeur artistique de la Compagnie Décor sonore.

Notons que cette formation s’inscrivait dans le cadre de « La semaine du son 2014« 

Michel Risse  a depuis longtemps posé une oreille curieuse et inssassiable sur le monde qui l’entoure. Il nous dit lui-même que les plus belles musiques qu’il a entendues ne sont pas celles des salles de concert, mais bien certaines ambiances sonores qu’il découvre ici où là, en se promenant dans les villes. Ses spectacles joués dans la rue, l’espace public, proposent donc au public d’écouter avec une oreille neuve, les lieux de vie quotidienne, monuments, et de jouir de la musique des lieux, dans une approche somme toute proche de l’écologie sonore.

Pour revenir à la formation, une vingtaine d’étudiants, artistes, chercheurs, venus de toute la France, du Canada, d’Espagne…, suivirent ces ateliers du 3 au 7 février 2014.

Nous nous attacherons ici à retranscrire la journée du 4 février, consacrée à l’auscultation sonore de l’architecture.

Michel Risse commence la journée par expliquer, de façon très communicative, ses rapports avec le son, ses plaisir au quotidien d’écouter, voire de transformer quelques objet ou éléments architecturaux (cloisons, barrière, grille, mobilier…) en un véritable instrument de musique.

Preuve à l’appui, il décide d’ausculter un porte-manteaux pour le transformer en objet sonnant. Tout d’abord, expérimenter les gestes qui peuvent exciter l’objet, gratter, percuter, tapoter, caresser, à mains nues, avec des mailloches de percussions… Ecouter ce qui sonne le mieux, à quel endroit précis, quels rythmes peuvent être induits par la forme, quelles sonorités offre la matière… ? Comment peut-on également plonger l’écoute au cœur de l’objet, oreille collée, armé d’un stéthoscope, ou à l’aide d’un micro piezzo relié à un amplificateur, procédés qui nous font toucher de près l’infime, l’intime vibration, celle qui fera parfois devenir un trivial porte-manteau en un  intéressant instrument musical. Bien sur, le choix des objets ou matériaux, des dispositifs, le doigté de percussionniste de l’artiste, la posture d’écoute attentive et active, l’attention aux relations gestes-production sonore et vice et versa, la prise en compte de l’acoustique des lieux, feront que cette « lutherie sauvage » sera au final plus ou moins pertinente.

Après cette entrée en matière qui captive d’emblée le public, la verve communicative et la bonhommie de Michel Risse aidant, nous partons pour une exploration plus vaste, à l’échelle cette fois-ci de l’école, dans une déambulation visant à repérer et à faire sonner moult partie de l’architecture. Et les occasions ne manquent pas ! Cloisons, fils métalliques, rampes d’escaliers, grilles, Michel explore méthodiquement, et donne à entendre à l’aide de micros capteurs et d’un ampli les multiples sonorités du lieu, tout en continuant à parler de ses propres relations, amours même, avec la matière sonore, l’espace public. Il nous parle de son désir de partager cet engouement avec le public, des étudiants, de tenter qu’au travers ces expérimentations, ces écoutes mises en scène, spectacles parfois grandioses et parfois très intimes, il souhaite ouvrir un peu plus les oreilles de tout un chacun sur bien des scènes acoustiques encore inouïe car peu voire pas du tout explorées.

Après ces démonstrations sonnantes et percutantes, chaque stagiaire est convié à explorer librement des espaces extérieurs ou intérieurs, à les faire sonner, les ausculter, éventuellement les enregistrer, en tirer mat!ère à réflexion, à composition…

Un rendu est prévu l’après-midi, où ceux qui le souhaitent pourront faire partager oralement leur réflexions, ressentis, expérimentations, voire emmener les auditeurs in situ pour leur faire vivre et toucher du doigt et de l’oreille leurs trouvailles.

Le rendu se révèle très riche. Beaucoup, selon leurs pratiques, affinités, choix, ont ramené de leur exploration de la matière, des gestes, des montages sonores, parfois d’une surprenante qualité aux vues du temps restreint, des amorces de réflexions qui font débat. Comment s’entend on avec nos espaces ? Comment en révéler les richesse, les esthétiques, mais aussi les dysfonctionnements ? Quelle doit être, ou pourrait – être la prise en compte de ces auscultations sonores dans un projet artistique, urbanistique, architectural… ?

On écoute des pièces sonores composées pour la circonstance, on les commente, on descends au parking souterrain pour ouïr le son d’aérations d’ailleurs capricieuses puisqu’elles ont en partie disparues depuis le repérage initial, on joue avec un ventilateur et la voix,  découvre via des claquements de mains un écho flottant qui évolue sans  cesse, découvre un escalier possédant une étrange résonance grave, une terrasse d’où la rumeur de la ville nous parvient sans en voir les sources…

Toutes ses expériences sont partagées, commentées, débattues, nous montrent l’immense champ des possible en matière d’auscultation sonore d’un lieu, et des exploitations, qu’elles soient artistiques, urbanistiques, architecturales…. que l’on peut en tirer.

En fin de journée, Michel Risse compléte la formation par une conférence illustrée d’une vidéo autour de ses expériences artistiques, des spectacles de rue invitant le public à écouter la ville, notamment «  Instrument monument« , et « Urbaphonix« et via l’effet, ou le jardin Sharawadji.

Michel Risse a donc pleinement réussi sa mission. Il nous a ouvert un peu plus les oreilles, a titillé notre curiosité, notre envie de toucher au plus près la chose sonore, et conforté dans l’idée qu’il est indispensable de la prendre en compte, notamment dans des gestes d’aménagements de l’espace public. Même si tous les participants et enseignants de ce workshop  étaient par avance convaincus de l’importance d’une écoute auscultatoire, le fait de vivre sous une approche originale, une expérience sensible, une réflexion commune, fait que cette journée nous redonne sans conteste du grain (sonore) à moudre.

 Un reportage sonore est en chantier et viendra très bientôt illustrer ce compte-rendu.

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
Cet article a été publié dans architecture, arts sonore, ecologie sonore, Pédagogie, Sites auriculaires. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Formation, ausculter l’architecture – Retours

  1. Catherine Aventin dit :

    Connaissant Michel et son plaisir de transmettre, cela devait être très passionnant ! Merci pour ce petit reportage.

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