CITY SONIC – DESARTSONNANTS – RADIOPHONIE


CITY SONIC – DESARTSONNANTS – RADIOPHONIE

GILLES MALATRAY : DESARTSONNANTS – LES CHOSES ÉTANT CE QU’EST LE SON ! SONIC RADIO 2013

Gilles Malatray anime Desartsonnants, un site d’increvable amateur (au sens noble du terme), un blog très complet qui est aussi un vivier pour tous les amoureux du son autre, depuis plus de 10 ans déjà. Promeneur curieux, il aime marcher en ville, en forêt… surtout en tant que « promeneur écoutant », quand il aime citer Michel Chion. Ses formations initiales sont le paysage et la musique (saxophoniste), puis une « reprise d’étude tardive » avec un Deug de lettre et un Master « Gestion de projet culturels et artistiques » à l’université Lyon 2.

Malgré ses incartades récurrentes dans les arts sonores, il continue néanmoins, dans mes moments de libres, à jouer du saxophone, chanter ou écouter Bach ou Bartok… : « Arts sonores et musiques ne sont pas incompatibles tant parfois les frontières entre les deux sont ténues et incertaines« .

Au fil des années Gilles a construit une des plus grandes et des plus intéressante source d’information sur les arts sonores. Même en langue anglophone, il est difficile de trouver quelque chose qui s’en rapproche. Si les arts sonores ont le vent en poupe depuis ces deux dernières années, et que les politiques (aussi bien que le grand public) commencent à s’y intéresser, il n’en a pas toujours été ainsi. Le travail de Gilles n’en a que plus de valeur. Bien que le site principal se présente toujours comme un simple blog, il a été petit à petit optimisé pour les recherches et l’expérience utilisateur. Ces dernières années ont également vu naître une page facebook, un twitter, plusieurs veilles scoop.it et une présence sur d’autres réseaux sociaux… qui facilitent le partage et le suivi des nouvelles publications.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, rien que les archives de la dernière mouture du blog remontent jusqu’à 2007 et comprennent quelques 1200 articles, auxquelles viennent s’ajouter une multitude d’enregistrements, de visuels et de liens à explorer… De quoi passer de belles nuits blanches en se laissant aller à une sérendipité sonore à laquelle vous invite le projet.

Gilles a été invité à animer pour cette édition 2013 de City Sonic, la Sonic Radio lors du festival : interviews, promenade sonore, des live et des podcasts… en partenariat avec YouFM. Nul doute qu’il saura partager son insatiable curiosité, tant avec les artistes et les organisateurs qu’il rencontrera lors du montage, qu’avec les auditeurs et internautes. A découvrir sur Soundcloud et YouFM.

 

Transcultures : Comment à débuté pour toi l’aventure Desartsonnant ?

Gilles Malatray : Au départ, les pratiques de l’horticulture et de la musique se menaient conjointement, jusqu’à ce que la pratique musicale prenne peu à pu le pas. Milieu des années 80, je rencontre l’association Acirène, et en particulier Elie Tête qui me fait découvrir l’univers de l’environnement sonore, Murray Schafer et l’écologie sonore.

Un façon évidente pour moi de réunir la musique, le son et le paysage, et de plonger dans le paysage sonore.

Desartsonnants arrive quelques années plus tard, après un travail de médiation autour des arts sonores pour un projet et une structure  aujourd’hui disparus, qui visaientt à croiser les différentes pratiques du son.

Au départ, un premier blog autour d’une forme d’écriture liée à des sonorités thématiques « Sonoris Causa », puis le blog « Desartsonnants » qui tente de présenter les différentes facettes de la création sonore. Il me semble que Desartsonnants dernière mouture est né en octobre 2007.

Transcultures : Comment décrirais-tu Desartsonnants ?

Gilles Malatray : Desartsonnants est au départ un blog qui parle de création sonore tous azimuts, au coups de cœur. On y trouve des interviews, informations et commentaires sur des expositions, festivals, articles autour d’une œuvre, d’un artiste, d’un lieu, ressources textuelles, médiatiques, réflexions sur des approches esthétiques, techniques… Desartsonnants reste dans cette optique, même si, au fil des ans, le ton et le contenu ont évolué au gré des rencontres et des expériences.

Ces dernières années, Desartsonnants s’est ramifié, à rhyzomé vers des outils de curation, des publications thématiques, avec par exemples des sites tels Scoopit autour des relations « Création sonore et environnement », « Balades urbaines et autres déambulations sensibles », « Les Oreilles Bruissonnantes », consacré exclusivement à mes propres activités, et « L’art de l’écoute », autour de postures et de dispositifs d’écoute.

Desartsonnants est également devenu petit à petit une image de marque générique recouvrant les médiations via internet, blogs, réseaux sociaux, outils de curation, mais aussi mes propres activités de médiation in situ, formateur et artiste sonore, promeneur écoutant, field recordist….

Transcultures: Comment vois-tu l’avenir de desartsonnants ? Qu’en ferais-tu si tu avais des moyens illimités ?

Gilles Malatray : Je peux espérer, quels que soient les moyens alloués ou non, que Desartsonnants continue à s’adapter aux évolutions esthétiques, culturelles, techniques, politiques… et qu’il reste un espace de médiation, de libre parole, de coups de cœur et d’échange, mettant en avant la création sonore au sens large du terme. 

Et si utopiquement j’avais des moyens illimités, rêvons un brin,  je développerais un lieu plus formel, physique peut-être, autour des différentes formes de création sonores. Lieu de rencontre, de monstration, d’expérimentation, de diffusion, de recherche, de formation… Auquel City Sonic et Transcultures seraient bien évidemment étroitement associés ! Et sans doute je creuserais un peu plus encore les liens entre création sonore, environnement, paysage, architecture, territoire…

Transcultures: J’aimerais que tu me parles succinctement de quelques aventures sonores qui t’ont marquées depuis le début de ta veille.

Gilles Malatray : Il est toujours difficile de répondre à ce genre de question sans éprouver une frustration face à des choix cornéliens, tellement il y a eu de belles rencontres.

Sans prendre de risques et sans flagornerie aucune, je citerai City Sonic, ainsi que des artistes tels Pierre BerthetDiane Landry, un parcours sonore dans le Klankenbos à Neerpelt, les journées Vivre les sons avec le feu Centre du son, Peter Bosch et Simone Simons, les journées Architektones à Arcs et Senans, le Congrès mondial de l’écologie sonore à Saillon (Suisse), le travail avec des artistes malgaches sur les paysages sonores d’Antanarivo… Et bien plus encore que cela finirait par un inventaire à la Prévert.

Transcultures: Pourrais-tu commenter la célèbre phrase de Cage : « I’ve never heard any sound that I didn’t enjoy: the only trouble with sounds is music » ?

Gilles Malatray : Une forme de provocation et d’humour à la John Cage, mais aussi une volonté de s’extraire d’une forme d’hégémonie musicale et de convier toutes les pratiques que, faute de savoir les nommer et les définir précisément, nous nommons aujourd’hui Arts Sonores.

Je rattache volontiers cette phrase à une autre du même auteur « If a noise bothers you, listen to it”, qui convoque une prise de distance en invitant des positionnement face aux « bruits », laissant au vestiaire beaucoup d’a priori et de carcans culturels, ou de manichéisme entre le beau et le pas beau. Un prolongement des futuristes italiens en quelque sorte, sans la même idéologie politique et sociale pro-industrielle

Transcultures: Pourrais-tu nous parler de tes propres créations sonores et définir ce que tu entends par « plastique sonore » ?

Gilles Malatray : Je travaille sur différents axes où le son est évidemment le média central.

Ces dernières années, j’ ai énormément pratiqué, et pratique encore, la balade sonore, le soundwalking, non plus forcément comme un outil pédagogique, didactique, mais plutôt, en toute modestie, à la façon Max Neuhaus, comme une expérience sonore sensible, immersive, performative, une façon décalée et poétique de se réapproprier les territoires de vie.

C’est aussi un geste d’écriture in situ, en temps réel, la fabrication d’un paysage sonore, le fait à la fois de le cadrer dans des itinéraires repérés, et de l’improviser au gré des rencontres et aléas, avec une dose de sérendipité,. C’est la création d’une œuvre immatérielle, et pourtant bien réelle, une installation sonore préexistante in situ qu’il suffit de révéler à la conscience auditive. Sans pour autant oublier l’écologie sonore sous-jacente, assortie intrinsèquement  d’une sorte de militante vers un « mieux entendre » et de nouveaux espaces sonores qualitatifs et esthétiques.

A partir de simples  balades « à oreilles nues », beaucoup d’extensions se développent, avec des parcours audio-guidés, des interventions de conteurs, de slameurs, de musiciens sonneurs d’espaces acoustiques, des points d’ouïe scénographiés, de parcours autour de mobiliers urbains, des prises de sons alimentant des créations sonores, des installations génératives…

Bref, tout ce qui peut écrire, ou réécrire des espaces sonores sensibles et partagés. Un volet formation, transmission vient aussi compléter ce travail, via des écoles de design, d’arts et d’architectures, des conférences, des workshops, des animations…

Quand à la plastique sonore, le son est un média qui, malgré son immatérialité apparente, se modèle, se triture, se montre, se représente, et s’installe physiquement. On peut d’ailleurs passer assez rapidement de la plastique sonore aux arts sonores plastiques, où le dispositif, la machine, l’installation, le mécanisme producteur, diffuseur, amplificateur, transformateur, en appellent souvent à une plasticité esthétique autant que physique.

Transcultures : Pourrais-tu définir ta démarche curatoriale ?

Gilles Malatray : Dans le mot curateur (et curation) il y a deux approches, si on considère l’acception anglo-saxonne en tout cas.

Celle d’un commissariat d’exposition, ou d’événement, choix des lignes artistiques, des artistes, de la médiation attenante et de bien d’autres logistiques liées à une programmation. C’est ce qu’il m’est arrivé de faire, ou  de collaborer avec des Universités, Bibliothèques et avec le Centre du son dans des journées de rencontres entres artistes, chercheurs, pédagogues, le tout lié évidemment à la chose sonore…

C’est également la curation au sens plus actuel du terme, qui consiste à effectuer une veille informatique sur des thématiques précises, non pas dans le sens de la veille informatique professionnelle amenant un secteur de recherche ou d’industrie à rester à la pointe de la technologie, mais plutôt dans une visée grand public. On veille, on collecte, on choisit, parfois on trie et on hiérarchise, quantité d’informations, d’articles, que l’on redistribue généreusement à toute personne intéressée par le sujet.

C’est en tout cas l’objectif de Desartsonnants, en particulier via le blog et les portails Scoopits.

Transcultures : Pourrais-tu nous parler de la notion d’ »arts numériques sonores » ?

Gilles Malatray : C’est une question que l’on me pose fréquemment, bien que n’étant pas personnellement un artiste numérique « pur et dur ». 

Je ne situe pas toujours les frontières entre l’art numérique en tant que tel, et le fait d’utiliser un magnétophone numérique, un logiciel et un ordinateur pour composer un paysage sonore par exemple.

Tout ce que je constate, c’est que moins je vois la technologie, l’effet hi-tech, plus j’apprécie l’œuvre, même si elle est construite sur des dispositifs numériques complexes.

Ensuite le débat autours de ce qui est numériques ou non, de ce qui fait art ou non est une impasse totale. Les arts sonores utilisent les technologies numériques, ce qui permets de belles créations inédites, voire inouïes, mais contribuent également, dans un phénomène de réciprocité, à construire et à définir le domaine des arts numériques, même si nombre d’œuvres restent purement analogiques, mécaniques, éoliennes…. L’important pour moi étant que « … Quel que soit le flacon, pourvu qu’on ai l’ivresse… » pour citer un illustre poète, l’émotion, le questionnement, le récit restant une finalité essentielle.

Au niveau des réseaux liés aux technologies numériques, en ce qui concerne la diffusion des œuvres et le partage d’idées, le numérique constitue incontestablement un extraordinaire outil de communication et de travail partagé, si on prend garde à ne pas se laisser engloutir pas la masse d’informations fluctuantes.

Sinon, comme anecdote, je constate que je n’ai jamais autant fait, ces dernières années, de promenades sonores « à oreilles nues » que dans des festivals d’arts numériques. Mais en y repensant, l’audition ne serait-elle pas dans le décodage neuro-perceptif final, une sorte de numérisation du sensible ? 

 

Entretien avec Douglas Henderson – City Sonic 2012 by Desarts Sonnants on Mixcloud

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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