RÉFLEXIONS AUTOUR DE « L’ACTE ARTISTIQUE, DE L’ÉCOSOPHIE À UNE ÉCONOMIE DE CONTRIBUTION »


La révolution des escargots (de Bourgogne) 

Brain storming sur l’inscription de l’art dans une une nouvelle économie et écologie

 Valérie de Saint-Do

L’intitulé est savant : « L’Acte artistique, de l’écosophie à une économie de la contribution ». Quelle création, quelles pratiques de l’art lorsqu’on veut mettre l’écologie en actes, dans une perspective de décroissance ? Quelle inscription de l’art dans une économie refusant la concurrence, la course au profit et la guerre de tous contre tous ? Moins intimidante que son titre, la rencontre organisée au CRANE LAB fut fourmillante d’idées.

De quoi s’agit-il dans ce séminaire organisé par Jean Voguet, compositeur et fondateur du CRANE Lab, qui réunit depuis des années des artistes de toutes disciplines depuis des années au château de Chevigny, lors de résidences et symposiums ? Soucieux d’éthique de l’art et d’éthique tout court, et praticien d’une écologie au quotidien, son organisateur entendait faire déborder les interrogations artistiques sur les impératifs de la survie de la planète.

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(Photo Yuko Katori)

Ce brain storming se plaçait sous les mânes de penseurs importants : feu Félix Guattari, fondateur du concept d’écosophie, « pour une révolution politique, sociale et culturelle réorientant les objectifs de la production des biens matériels et immatériels » ; Pierre Rabhi et sa défense de la sobriété heureuse ; Bernard Stiegler et ses recherches sur économie de la contribution.

Et l’art, dans tout ça ? Peut-on imaginer une extension artistique du domaine de l’écologie ? Que peut signifier le concept de décroissance dans la production immatérielle ? Quels jardins (bio et partagés) les artistes peuvent-ils cultiver ?

Prises de tête sous les arbres, donc, en compagnie de David Huez, artiste numérique soucieux de trouver des supports inédits à la mémoire digitale ; Nathalie Bou, plasticienne ; Serge-Olivier Fokua, artiste, Rachel Defay-Liautard, poète et performeuse, Yuko Katori, musicienne ; Robert Barbanti, professeur au département arts plastiques de Paris 8 ; Gilles Malatray, initiateur de balades sonores avec l’association Desartssonnants, Sterenn Marchand Plantec (association Les mots parleurs), Thierry Deret (Youpi productions), Yann Aucompte (les Euménides), Ethlinn Monmont, actrice culturelle tous azimuts…

Quelle « écosophie » dans la pratique de l’art ? Elle pourrait commencer par le choix des matériaux et d’un certaine sobriété. Il semble un peu contradictoire de pratiquer une éthique écologique dans le choix de son alimentation et de son cadre de vie tout en usant de vernis toxiques sur ses toiles ou de métaux rares. Mais à partir de là, le dialogue est ouvert – et vif : l’ordinateur, qui remplace à lui seul bon nombre d’instruments, est-il la panacée, ou un outil de formatage du geste et des formes ?

Difficile, en ces temps de combat pour les intermittents, et pour le financement de l’art, de ne pas mettre très vite sur le tapis la précarité généralisée et l’assèchement des fonds pour l’expérimentation. La colère s’exprime, face à l’urgence et largement au dela des corporatismes professionnels.

« L’urgence » telle que la définit Roberto Barbanti, c’est l’obligation de résister, et d’inventer, face au risque d’extinction généralisée : des espèces, de l’intelligence, de l’humain. C’est là que se trouvent une croisée de chemins, entre biodiversité et diversité artistique, face à la stérilisation du vivant opéré tant par les OGM dans le règne végétal que par l’injonction à l’excellence dans le champ de la recherche et de l’art. Dans un champ comme dans l’autre, « il n’existe pas de mauvaises herbes » : chacun acquiesce, quitte à la nuancer, à cette phrase du paysagiste Gilles Clément. Mais comment imposer ce foisonnement nécessaire face au rétrécissement constant des moyens alloués à l’art, et à la recherche ? Trouver, à l’instar des Fab Labs ou de multiples collectifs, des moyens mutualisés ?

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Mais dans une économie de l’art par définition non rentable, sauf à se mettre sous la coupe des industriels ou des spéculateurs du marché de l’art, mutualisation (de la misère ?) peut rimer avec piège à cons. Le Do it Yourself est séduisant, et les artistes n’ont pas attendu qu’il soit à la mode pour le décliner sous toutes sortes de modes. Mais il peut aussi être l’alibi parfait du désengagement des pouvoirs publics, qui déjà, montrent un fort tropisme à ne raisonner qu’en termes de rentabilité économique et retombées touristiques. Comme le dénonce justement l’universitaire en colère, le langage guerrier de la désastreuse secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur en est un bel exemple, prônant la concurrence acharnée et la course à l’excellence. Tout ce qu’il est urgent de refuser dans une démarche de recherche artistique et de partage du sensible !

L’horizon partagé – mais hélas probablement lointain– est celui du revenu inconditionnel d’existence, défendu par bon nombre de cercles militants. Mais pourquoi le dialogue des artistes est-il si difficile avec les courants altermondialistes et décroissants, pour lesquels l’art reste trop souvent cantonné au repos du militant ?

Autant de questions qui ne sauraient trouver une réponse rapide, même dans une surchauffe des cerveaux. L’on repart avec une seule certitude : L’urgence absolue, pour les artistes, de faire entendre leur voix singulière et collective dans un combat contre le désastre global, de participer ralentir et réenchanter le monde… À suivre. Très vite.

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[1Petit clin d’œil : l’escargot est l’emblème des militants de la Décroissance !

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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