ARTS SONORES CE QUI BOUGE, OU NON…


ARTS SONORES

CE QUI BOUGE, OU NON…

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Depuis que je tente de comprendre ce qui compose et fabrique ce que l’on nomme arts sonores, beaucoup de sons sont passés sous les ponts. Certains ont suivi le cours des choses, se sont jeter dans d’autres eaux, quitte à s’y délayer, ont rejoints de plus grandes étendues, planes ou tumultueuses. D’autres encore se sont plus ou moins asséchés, voire taris, alors que de nouvelles sources ont surgi, avec plus ou moins d’e vigueur. Ces flux sonore ont arrosé, parfois  irrigué tant les salles de spectacles, de concert, que les galeries d’arts, et de plus en plus me semble t-il l’espace public.

La création sonore s’est donc à la fois enrichie d’expériences nouvelles, et sans doute de moult croisements inédits, au risque d’y laisser sa peau, ou en tout cas de ne plus savoir ce qui relevait du sonore, de geste, de l’image, de la forme… Mais finalement, dirais-je en me faisant l’avocat du diable, est-ce si grave que cela, du moment ou le public trouve encore de quoi à s’étonner, à décaler ses perceptions, s’émouvoir, s’émerveiller, se révolter, se questionner…

En tous cas on peut remarquer que les quelques grandes familles qui ont contribué à assoir l’image des arts sonores se sont peu à peu brouillées, même si des pratiques singulières et repérées sont encore bien vivaces. Que se soit les pratiques plastiques, installées  en galeries mais aussi dans l’espace public, notamment pour ce qui concerne tout un pan d’approches environnementales, proches du land art, du paysage, de l’espace architectural et les expériences post-rocks plus performatives, expérimentales, ou la lutherie, l’art performance convoquant des actions sonores parfois surprenantes, les frontières esthétiques et les savoir-faire ont tissé de nouveaux champs d’expérimentation Oh combien difficiles à classer. Certes, le fait n’est pas neuf. La poésie sonore rencontrant l’électroacoustique ou la peinture ou sculpture croisant des performances sonores et musicales, les sciences fricotant avec les arts n’en sont finalement pas à leur coup d’essai.

Néanmoins, l’appropriation par un large public d’outils électroniques, numériques, de plus en plus légers performants, de moins en moins onéreux, a contribué à développer une offre pléthorique, où même s’il devient parfois difficile de séparer le bon grain (sonore) de l’ivraie, force est de reconnaître que le brassage des pratiques a amené de nouvelles dynamiques, quitte à casser les genres et esthétiques.

De même, l’évolution de certains autres secteurs artistiques, et je prendrai ici le cas des arts de la rue, qui pour entre autre une envie de renouveler le genre, les grandes parades tout feu tout flammes ayant tendance à s’éroder et de plus à coûter très cher, se sont appropriés des expériences sonores pour les intégrer à des pratiques spécifiques à l’espace public. Réciproquement, certains artistes sonores, dont des compositeurs issus des courants électroacoustiques, ont aussi adapter leurs dispositifs, leurs compositions, leurs scénographes pour intégrer les arts de la rue, ou en tous cas de l’espace public, sans doute eux aussi se poser de nouvelles questions tout en cherchant un public hors les murs.

Les techniques de géolocalisation, alliées aux performances des smartphones et à l’extension des réseaux Wi-fi mobiles ont eux aussi développé des parcours, itinéraires jouant des interactions selon les mouvements et déplacements du public, et des scripts issus des Sérions Games. La ville devient ainsi un terrain d’aventure et de jeu privilégié.

D’ailleurs, les questionnements autour de l’écologie urbaine, des excroissances urbanistiques, des rapports sociaux entres des groupes de populations de plus en plus urbaines ont amené du grain à moudre dans des récits où le sonore questionne l’espace public, au travers une urbanité de plus en plus conséquente…

Les arts sonores ont également, et ce depuis quelques années déjà, occupé le terrain de la toile internautique. Le web art, les vies virtuelles made in Second Life ou Francogrid ont donné la possibilité à de nombreux avatars d’installer des sons et dispositifs dans d’incroyables lieux ou mondes, dans des formes hybrides de sciences fiction ou d’utopies artistiques, où l’immatérialité tente de concrétiser les projets les plus fous. Ajoutez à ces parcours virtuels les multiples cartographies interactives qui embarquent de belles collections de sons, souvent bien renseignés et documentés, et qui plus est accessibles d’un simple clic.

Le domaine de la recherche scientifique est lui aussi exploré, même si les relations artistes/chercheurs ne sont pas encore monnaie courante en France, et encore moins si le chercheur se présente aussi comme artiste, et vice et versa ! Chacun dans son pré et les vaches seront bien gardées dit cet adage aujourd’hui cruellement passéiste mais qui pourtant semble toujours avoir la vie dure. Néanmoins, des expériences touchant à l’audionaturalisme, la biologie, l’étude de l’espace, les mondes informatiques et la robotique, la génétique et toutes les cybersciences croisent les approches artistiques, certes avec plus ou moins de bonheur, mais néanmoins en ouvrant de nouvelles portes sur des mondes en devenir.

Côté performance, art action, le corps et l’espace, la corps dans, avec l’espace, sans pour autant revendiquer une quelconque appartenance aux arts sonores, a écrit et déclamé de nouvelles partitions sonores, des textes entre théâtre, poésie sonore et danse ou geste performatif, avec ou sans dispositifs, des approches avec de vrais engagements physiques, au sens corporel du terme, qui donne aux productions sonores une énergie à fleur de peau.

Malgré toute cette mouvance, ces rencontres et télescopages plutôt vivifiants, il me semble cependant que certains gestes, formes, ambiances, environnements, se figent dans des stéréotypes quelques peu vieillissants et surannés, que des gestes ou déplacements déclenchant des sons aux effets et traitements acousmatiques sont maintenant reconnaissables entre mille, et que des des sculptures ou installations plastiques aux formes récurrentes, légèrement blanchâtres et vrombissantes, donnent l’impression d’un réel endormissement qui je pense, n’est d’ailleurs pas propre aux arts sonores.

Il semble également, en France en tous cas, que les galeries, musées et même festivals et rencontres, misent sur des artistes têtes d’affiche, connus et reconnus, et que des réseaux professionnels existants,institutionnels ou d’initiatives privées, ne mettent pas vraiment en place des conditions pour promouvoir et diffuser, voire former de jeunes artistes, en capacité d’amener une certaine fraîcheur à la création sonore. Mais gageons qu’il reste de nombreuses voies à explorer, et que des artistes s’y engouffreront,  tricoteront encore moult matières sonores, scénophonies, récits et formes hybrides, lesquelles viendront titiller l’oreille, et sans doute d’autres sens qui n’en demandent pas plus !

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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