MONS, LA GRANDE PLACE EN ÉCOUTE


MONS, LA GRANDE PLACE EN ÉCOUTE

Quelques notes d’écoute dans le cadre, ou plutôt en marge de City Sonic.

 

Vendredi soir

Arrivé à Mons. Bon pied bonne oreille (la ville est pentue, en grande partie pavée, et qui plus est en grands travaux – Capitale culturelle européenne 2015 oblige ! ). Comme il fait très doux, que nous somme vendredi et que la gente étudiante, universitaire, est rentrée, la ville sonne et résonne de toutes parts. Une heure du matin, la grande place ressemble à une discothèque à ciel ouvert, musique, rires et cris à l’appui. J’ai, pour m’imprégné de cette ambiance sonore festive, testé deux ou trois bancs, points d’écoute préalablement repérés les années précédentes. Pour ce qui est des arts sonores, ce sera pour demain et les jours suivants, City Sonic oblige !

Samedi matin

Mons, Grande place, 8H30. D’un balcon au 2e étage, la place est suprenante à l’écoute. Encore un peu endormie, elle s’éveille et s’étire doucement. Son énorme surface pavée, ceinte de hauts bâtiments lui confère, entendue d’ici, une acoustique minérale, hyper résonante, aux multiples échos. Les jets d’eau n’étant pas encore en marche, ils n’écrasent pas l’ambiance sonore et laissent place aux petits détails, des vols de pigeons, des portes qui s’ouvrent, des voix lontaines. De même les voitures sont encore rares, se contentant de ponctuer le lieu de temps à autre, l’espace d’un grondement basse fréquence propre aux sols pavés à l’ancienne. Petit à petit, les nombreux restaurants bordant la place installent les terrasses. C’est alors que l’acoustique se révèle, au son des claquements des chaises, se propageant de part de d’autre de l’espace, rebondissants de murs en murs par un jeu d’échos tout en finesse. Le lieu s’anime en une petite demi-heure d’une activité dont l’écoute mesure l’intensification, la densification progressive. Les voix prennent de l’ampleur, l’espace devient plus complexe, et sans doute plus touffu à l’oreille. Le monde appartient à celui qui l’écoute disait il y a quelques années une radio nationale bien connue. Ne nous en privons pas, cette possession se partage gratuitement, sans pouvoir ni frontière.

Publicités

A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
Cet article, publié dans Environnement, Paysage sonore, Sites auriculaires, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour MONS, LA GRANDE PLACE EN ÉCOUTE

  1. marccrunelle dit :

    Très belle description, comme toujours. En écho, un autre Français écrivait il y a 177 ans du même endroit mais plus tôt le matin ceci:
    Mons – 18 août 1837
    La place de l’Hôtel de ville de Mons est particulièrement jolie. L’Hôtel de ville a une belle devanture à ogi-ves du XVè siècle, avec un assez curieux beffroi rococo, et de la place on aperçoit en outre les deux autres clochers.
    Comme je devais partir à trois heures du matin, je ne me suis pas couché, pour voir cet ensemble au clair de lune. Rien de plus singulier et de plus charmant, sous un beau ciel clair et étoilé, que cette place si bien déchiquetée dans tous les sens par le goût capricieux du XVe siècle et par le génie extra¬vagant du XVIIIe; rien de plus original que tous ces édifices chimériques vus à cette heure fantastique.
    De temps en temps un carillon ravissant s’éveillait dans la grande tour [le beffroi]; ce carillon me faisait l’effet de chanter à cette ville de magots flamands je ne sais quelle chanson chinoise; puis il se taisait, et l’heure sonnait gravement. Alors, quand les dernières vibrations de l’heure avaient cessé, dans le silence qui revenait à peine, un bruit étrangement doux et mélancolique tombait du haut de la grande tour, c’était le son aérien et affaibli d’une trompe, deux soupirs seulement. Puis le repos de la ville recom¬mençait pour une heure. Cette trompe, c’était la voix du guetteur de nuit.
    Moi, j’étais là, seul éveillé avec cet homme, ma fenêtre ouverte devant moi, avec tout ce spectacle, c’est à dire tout ce rêve, dans les oreilles et dans les yeux. J’ai bien fait de ne pas dormir cette nuit là, n’est ce pas ? Jamais le sommeil ne m’aurait donné un songe plus à ma fantaisie. (Victor Hugo, extrait d’une lettre à Adèle, 18 août 1837, in: « La Belgique selon Victor Hugo », Desoer Editions, Liège – Bruxelles, 1968, pp. 48-50.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s