Arts sonores – Max Neuhaus le méconnu, voire l’ignoré


Max Neuhaus le méconnu, voire l’ignoré

Lors de sa mort, j’ai été très surpris de constater le peu de publications, tous médias confondus, faisant état de la disparition de cet artiste pour moi majeur. La France, pays dans lequel il devait s’installer début des années 80 travailler à de nombreuses installations ne faisant pas exception à la règle, sinon encore plus silencieuse.

Parmi les nombreuses rencontres les conférences, workshops que je suis amené à effectuer, notamment autour des thématiques liées à l’espace et au paysage sonore, je suis toujours surpris de la méconnaissance concernant cet artiste, que ce soit par des enseignants, artistes, ou d’autres acteurs chercheurs travaillant sur les domaines de l’écologie sonore, de la création environnementale…

Ce qui explique sans doute en partie mon désir de donner un peu plus de visibilité aux travaux et réflexions de Max Neuhaus, dont j’estime qu’il peut éclairer et inspirer nombre de recherches et d’aménagements.

Un cas me frappe tout particulièrement dans sa carrière, et entre autre dans la période où, installé à Paris, il a beaucoup collaboré avec différentes institutions européennes. Ce cas est celui d’un projet qu’il avait imaginé pour le métro parisien.

Résumé : Début des années 70, Max Neuhaus à repéré à Paris un long couloir reliant deux stations de métro entre l’ancienne gare de Montparnasse et l’actuelle, et a envie d’y mettre en place une installation sonore. Le projet reste dans un coin de a tête jusque dans les années 80, où il rencontres un groupe de sociologues qui s’intéressent à son projet. Problème, il n’arrive pas à leur expliquer concrètement les finalités et les mises en œuvre car comme à son habitude, le projet est pensé et installéin situ selon « ce qui se passe » dans l’espace choisi. Le travail se conçoit donc à partir d’expérimentations dans les murs.1983, la RATP lui  assure pouvoir financer une partie du Projet.

Le projet présenté au Ministère de la Culture rencontre quelques réticences car ce dernier n’a pas été contacté de prime abord. Vive les politiques culturelles !

Tenace, Max Neuhaus travail n néanmoins d’arrache-pied à son projet, passant des nuits (après l’exploitation du réseau) à expérimenter des sons, des dispositifs…

Quelques mois plus tard,le Ministère lui demande de faire entendre sa pièce. Dans la méthode d’investigation in situ de l’artiste, toujours pas de création formalisée. On demande donc une maquette. Difficile à réaliser vous l’aurez compris, situation ubuesque où l’on veut des garanties sonnantes et trébuchantes.

Après de nouvelles négociations, un marché est proposé. Le ministère apportera 30% du budget si l’artiste en trouve 70%.

Décontenancé par les politiques culturelles Made in France, Max Neuhaus trouve néanmoins un soutien à hauteur de la demande et le communique aux institutions (‘RATP et Culture)

Au bout d’un an, pas de réponse, le ministère n’a pas répondu et la RATP s’est désengagée.

Le couloir de métro restera donc muet et Max Neuhaus passablement échaudé par cette expérience malheureuse, où il a laissé beaucoup de temps et d’énergie pour n’aboutir finalement à rien.

Hypothèses et questions : Pourquoi un tel désengagement alors que l’artiste avait fait bien plus que sa part ?

– Incompréhension ? Le projet trop immatériel, sans maquette, une aventure qui fait peur ?

– La chose sonore, qui ne se voit ni ne se touche dans ce cas là, et n’est donc  pas vraiment prise très au sérieux, et donc son concepteur non plus ? Sans doute plus de réceptivité aujourd’hui, encore que…

– La désinvolture d’un système culturel qui n’assume pas vraiment ses responsabilités, des passages de « patates chaudes ?

– Les lourdeurs administratives entre les deux institutions RATP et ministère ?

– La frustration d’un ministère qui se voit demander des aides financières sans être à la base du projet ?

– Un mélange de tout celà ?

En tous cas, cette expérience infertile, couplée au peu reconnaissance du travail de l’artiste et de la portée, de l’impact de ses réflexions et expérimentations sur des pratiques artistiques et environnementales contemporaines, démontre bien combien peut être ardu le parcours d’un défricheur dont les propositions sont parfois un brin en avance sur leur temps, décalées et obscures aux yeux d’une institutions pragmatique, matérialiste, et donc assez somme toute assez frileuse.

Les arts sonores, s’ils ont depuis gagné en visibilité, en crédibilité, ne serait-ce qu’un iota, ne sont pas pour autant les grandes stars de l’espace public. Le son fait encore peur, étant souvent associé à une sorte de gêne possible, à l’heure où les métros restaurants et ascenseurs sont envahis d’insipides et abêtissantes soupes sonores.

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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