MAX NEUHAUS, UN ARTISTE POUR MOI EMBLÉMATIQUE – EXPLICATION


MAX NEUHAUS, UN ARTISTE POUR MOI EMBLÉMATIQUE – EXPLICATION

Un ami me demandais il y a peu, d’où me venait l’intérêt que je portais à Max Neuhaus, et pourquoi j’avais entamé ce travail de médiation le concernant. Ses interrogations m’ont sans doute amené à me poser des questions, qui me permettent ici de répondre globalement aux motifs de mon investisement dans ce projet.

Dans les années 80, j’ai rencontré un groupe composé de musiciens, architectes paysagistes, designers urbanistes, via l’association ACIRENE (Association de Création d’Information, de Recherche pour l’Ecoute d’un Nouvelle Environnement)… personnes qui travaillaient, à Chalon sur Saône, autour de l’environnement sonore. Première révélation pour moi, j’y ai découvert alors le travail de Murray Schaffer, notamment à la lecture de son livre manifeste « Soundscape, the tuning of the world », traduit en France par le Paysage sonore ou l’accordage du Monde (au sens musical du terme). S’ensuivit une longue collaboration qui du reste perdure encore 30 ans plus tard. J’ai tout d’abord appris à écouter un environnement sonore, tout simplement en m’y promenant, notamment avec Elie Tête, hélas décédé depuis quelques années, et à qui je dois tant. Nous avons construit moult mobiliers, sculptures sonores et installations destinées à faire sonner des sites, tout en respectant du mieux que possible leur fragile équilibre acoustique. Des inventaires de sites acoustiques, de dispositifs campanaires ont été mis en place, assortis de parcours sonores, liés à ces thématiques, dans différents sites, ainsi des outils pédagogiques à destination de différents publics…. Beaucoup de réflexions et d’outils méthodologiques en sont nés, et alimentent encore mes travaux d’aujourd’hui.

Je n’avais alors jamais entendu parlé des travaux de Max Neuhaus. C’est quelques années plus tard, alors que je commençais à m’intéresser à la création sonore plus globale, à ce que l’on nomme aujourd’hui les arts sonores, que je découvris cet artiste. Je parcouru alors avec beaucoup d’intérêts ses nombreux écrits rassemblés sur son site internet, tout en me rendant compte à quel point ses recherches et créations entraient directement en résonance avec ce que nous expérimentions in situ depuis plusieurs années. Je constatais alors, modestement, une réelle filiation avec l’artiste , bien que n’ayant connu aucun de ses travaux jusqu’alors.

Max Neuhaus avait pratiqué, et il avait certainement été le premier à le faire, les balades sonores comme de véritables performances artistiques, considérant, à l’aune des expériences de Cage, le paysage sonore come une véritable installation sonore distillant une musique des lieux. Il avait réfléchi sur différentes formes de design sonore, notamment sur des signaux d’alertes, avait réalisé des installations purement sonores dans l’espace public, là encore avec des gestes avant-gardistes. Cet artiste prenait en compte un contexte global où la typologie des lieux, les usages et pratiques de ses résidents, les données économiques, écologiques, étaient pesées et prises en compte dans les processus de création artistique. Il travaillait tout à la fois dans des institutions muséales comme dans des espaces publiques, tentant de toucher un maximum de public, y compris et peut-être surtout des non avertis, sans tomber pour autant dans une facilité populaire, ou plutôt populiste. Bref, Max Neuhaus incarnait pour moi, et incarne toujours, des valeurs fondamentales, dans une approche qui se veut à la fois esthétique, sociale, écologique…

je comprenais dés lors l’importance de son travail, et les nombreuses pistes de réflexions qui restaient encore à en tirer, peut-être beaucoup plus nombreuses et intéressantes au final, que dans l’œuvre de Murray Schafer. Mais je reconnaitrais à Murray Schafer la primauté de m’avoir ouvert les oreilles sur l’environnement acoustique, même si je regrette parfois que sa pensée n’est pas véritablement évolué depuis l’écriture et la théorisation du Soundscape. Je dirais pour finir que ces deux musiciens  à l’oreille ouverte sur l’extérieur, comme l’a été Cage du reste, m’ont forgé une culture auditive dont je suis encore très loin d’avoir fais le tour.

Ce qui m’a beaucoup frappé, et certainement poussé à entreprendre un travail de médiation autour du travail de Max Neuhaus, c’est que je constatais que la plupart des gens, qu’ils soient artistes dits sonores, et qui plus est environnementalistes, étudiants, enseignants… soit ne connaissaient pas du tout l’artiste, soit n’avaient qu’une très vague idée de la teneur de ces travaux. Murray Schafer était certainement, grâce à son livre, traduit assez tôt en français, beaucoup plus connu que ne l’était Max Neuhaus, qui avait pourtant habité à Paris, et œuvré en France et en Europe plusieurs années durant.

C’est donc pour moi, outre le fait de rendre hommage à quelqu’un dont j’apprécie énormément le travail, lequel m’enrichit au jour le jour, alors que je creuse et questionne ses écrits et dessins, une façon de tenter de redonner à Max Neuhaus la place qu’il mérite dans l’histoire des arts sonores : celle d’un génial artiste véritablement  incontournable. Certains attribuent même à Max Neuhaus le fait d’avoir employé le premier le terme de Sound Art, alors qu’il sera aussi l’un des premiers à mettre en garde contre les dérives d’un nouveau genre qui ne serait parfois pas vraiment ni artistique ni sonore…

Et ensuite

Outre le fait de poursuivre cette médiation en fouillant dans les nombreuses notes qu’il nous a laissé, plus quelques études et articles le concernant, l’idée d’une conférence se profile doucement, avec déjà un lieu envisagé pur une « première ». Pour mêler le théorique à a pratique in situ, comme aimait tant le faire Max Neuhaus, une balade sonore, Parcours Audio Sensible (soundwalk), pourrait être couplée à cette conférence, en matière de préambule je pense. On peut également y décliner des formats d’installations sonores (Soundscape/field recordong) liées au lieu et au contexte des interventions, pour proposer une une approche globale, réunissant, modestement, des approches post-Neuhausanniennes et Desartsonnantes…

A suivre…

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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