Parcours sonores, trois nouveaux PAS de franchis !


Parcours sonores, trois nouveaux PAS*  de franchis !

* Parcours Audio sensibles

Dans le cadre d’une itinérance artistique partagée « Géophonèmes » entre Chalon sur Saône (71), Lyon (69) et Loupian (34)

1er PAS – Chalon Sur Saône, Port Nord, avec le collectif La Méandre.

Paysage. Un port fluvial aux infrastructures en grande partie abandonnées. Rangées de bâtiments, hangars, quais, énormes grues portuaires…

Vue sur la Saône, large, imposante, omniprésente dans le contexte, un long bâteau de croisière la sillonne de temps à autre…

A  une petite centaine de mètres à droite, surplombant le site, nous dominant, un très imposant pont routier à haubans, de quatre voies, enjambe la Saône.

Promenade. Un groupe d’une vingtaine de personnes est réuni pour l’occasion. Nous passons derrière les bâtiments, vers une sorte de grande place quasi déserte, un couple de chiens nous accueille en aboyant de loin, révélant les réverbérations minérales des lieux. Je les excite un brin à coups de sons de trompe brefs mais assez puissants, entamant avec la gente canine un dialogue impromptu, mais par prudence, à distance…

Nous passons entre deux bâtiments déserts, au milieu de ce passage, nous percevons des infra basses du pont, quasiment sur nos têtes, accompagné de blangs !…. blangs !… blanblangs !…. blanblanbangs !…. rythmes des véhicules entrant sur le pont en franchissant un joint de dilatation.

Nous pénétrons alors sous le pont, venant nous coller à une exterminé, contre un glacis de pavés qui monte en pente assez raide jusqu’au tablier de l’infrastructure. Regardant vers la rive opposée, on est attiré par une très belle perspective qui emmène notre regard jusque vers l’autre extrémité de l’édifice… L’eau est étale, calme, large, étrangement silencieuse, comme celle de beaucoup de grands cours d’eau

De ma trompe, j’excite les réverbération vers les deux extrémités du pont. Effet cathédrale, les oreilles autant que la vue sont sollicitées dans un jour qui décline progressivement. La tombée de la nuit ajoute un effet crépusculaire donnant au sons un semblant de douceur, alors qu’au dessus de nos tête, les véhicules rythment ponctuellement le lieu de leurs percussions graves et très belles dans leurs répétitions réverbérées.

Nous profitons de cet étrange et lancinant concert percussion juste sur nos têtes

J’installe progressivement, autour des promeneurs écoutants, une douzaine de petits haut-parleurs autonomes, qui viennent, en contrepoint du pont, décaler les espaces d’écoute. Voix, cloches, vents, murmures, oiseaux, chants et autres sons non figuratifs tissent dans l’obscurité grandissante un singulier contrepoint. Les spectateurs écoutent une source, ou bien se placent au centre pour tenter de s’immerger au mieux dans ces bruissements, ou bien encore vont d’un HP à l’autre, construisant leur propre territoire en mouvement… parfois, on ne sait plus vraiment si ce sont les oiseaux du site encore réveillés, ou bien ceux de l’installation que l’on entend, des voix réelles ou non, les distances sont faussées, trompe-l’oreille, laquelle s’y perd avec plaisir…

Puis je distribue à certains promeneurs un HP,  toujours en mode diffusion, au creux de la main. Nous repartons lentement vers les bâtiments, étrange procession nocturne, qui promène avec elle des sons fugaces et capricieux… Nous quittons l’abri du pont, ses rythmes, sa réverbération, les sons deviennent au fil de la déambulation plus présents, jusqu’à s’éteindre progressivement à l’issue de ce PAS portuaire.

2e PAS – Lyon 3e, quartier Montchat, dans la friche artistique Lamartine et aux alentours, avec le collectif Abi/Abo

Paysage. Une friche artistique, des escaliers graphés, un hall d’entrée avec un imposant mur végétal… Puis de petites rues avoisinantes qui nous emmènent jusqu’à une grande friche, non bâtie celle-là, terrain vague pierreux et herbeux attendant de recevoir de nouvelles constructions flambant neuves. L’espace est joliment et très richement graphé.

Promenade. Une dizaine de personnes, à la nuit tombante.

Nous partons du deuxième étage de la friche, nous arrêtant sur le palier d’un escalier pour y écouter les multiples bruits étouffés qui suintent çà et là. Nous somme vendredi, soir de vacances, le lieu est calme, intime, assez désert, mais non silencieux pour autant.

Au rez-de-chaussée, nouvel arrêt point d’ouïe. Une petite fontaine d’intérieur glougloute au pied du mur végétal, et un filet d’harmoniques sonores très aigües, assez ténues, descend du haut du bâtiment, et vient se superposer gracieusement aux douces sonorités aquatiques. Espace zen, relaxant, simple et beau dans son impromptitude.

Nous sortons du lieu, les oreilles s’ouvrent alors, attirées  vers des espaces plus lointains. Le quartier  est très calme, la nuit tombe, peu de voitures, quelques voix croisées ça et là. Après une petite marche, nous pénétrons dans un très vaste délaissé urbain en reconversion. Les oreilles se mettent au diapason de l’espace, jaugeant les frontières des murs qui enserrent l’espace. Les graphes amènent de belles touches colorées, des mouvements dynamiques qui demeurent très présents malgré l’obscurité grandissante. Parvenus dans un recoin de cette friche, les sons de la ville nous parviennent atténués, amortis, mais aisément localisables dans cette enceinte acoustique à 360°, et à ciel ouvert.

Comme pour la précédente déambulation, j’installe mes mini enceintes dans un espace circonscrit. Ici, les sons prennent d’emblée une place assez significative, très peu controversés ni étouffés par  l’environnement ambiant. Ici encore, la nuit tombante semblent les mettre en exergue, comme en leur déroulant un tapis d’obscurité propice à leur déploiement. Ici encore, on se promène, on s’arrête, on se fait son petit concert personnalisé, de près ou de loin, immobile ou en mouvement.

Sur une sorte de rituel sonore, après un moment d’écoute, je distribue comme sur l’autre PAS, les petites enceintes à chacun, et nous repartons dans notre procession tintinnabulante. Un passant est étonné, l’un d’entre nous tente de lui expliquer notre promenade… Nous empruntons des rues serrées où les sons peuvent à leur aise rebondir de murs en murs. Comme la veille, ils s’éteindront les uns à près les autre lors de notre retour à la friche Lamartine.

3e PAS – Le petit village médiéval de Loupian

Paysage. Une place, pas très grande, assez méridionale dans l’âme, des ruelles resserrées, avec des maisons de pierres possédant un indéniable cachet, un parc public assez verdoyant, long couloir végétalisé se terminant par une aire de jeux pour jeunes enfants.

Promenade, une bonne trentaine de personnes, très très attentives.

Nous partons lentement par de petites ruelles, en une fin d’après-midi ensoleillée. De ma trompe vuvuzella, je fais sonner et  résonner certains lieux qui nous répondent généreusement.

Arrivé à un embranchement, deux chiens au balcon d’une maisons grondent à qui mieux mieux, lien avec  la promenade précédente. Heureuse coïncidence… Je joue avec eux, un autre chien répond plus loin, hors champs… Beau concert improvisé que je mime de diriger.

Plus loin, une place avec des arbres où pétillent nombre d’oiseaux. Geste de tendre l’oreille vers eux. Un enfant dit à sa maman que « Le monsieur parle aux oiseau ». Attendrissante et réjouissante parole car, même si je suis loin de rivaliser avec Saint François d’Assise, le jeune enfant à compris le geste/posture d’écoute.

D’une fenêtre ouverte, une musique rock s’échappe sur la place, focal intéressant, porosité intérieur/extérieur, privé public, intime/extime…

Nous descendons tranquillement vers un parc public.

A son entrée, sol est en gravier, un enfant y traine naturellement les pieds, je lui emboite le pas, en insistant, les adultes aussi, petit concert impromptu de raclements qui, entre deux murs assez hauts, prennent une place conséquente dans leur artificialité.

Arrêt sur sons. Une multitude de chants d’oiseaux, toujours eux,printemps oblige, quadrillent l’espace.

Nous avançons jusqu’à l’extrémité du jardin, dans une aire de jeux pour jeunes enfants équipée de toboggans et autres balançoires en plastic. Espace décalé, impasse ceinte de murs, où se retrouvent pour l’occasion des adultes promeneurs écoutants.

Comme dans les deux premiers PAS, j’installe mes petits HP, profitant des jeux d’enfants pour leur trouver des plate-formes, des creux, des niches, des espaces où ils pourront résonner au mieux.

Je le fais avec une certaine lenteur un brin  théâtralisée, pour laisser progressivement s’installer de nouvelles ambiances venant chambouler la perception du lieu.

Et comme dans les précédentes expériences, les écoutants oscillent entre postures statiques et auscultations mobiles. L’espace sonne merveilleusement bien, et l’aire de jeux investie par des adultes qui se penchent vers les petits haut-parleurs a quelque chose d’étrange et de presque comique, ou en tout cas très anachronique.

Un avion passe avec un superbe grondement, avant que de laisser le lieu revenir à son calme équilibre, comme par une résilience acoustique naturelle.

Les cloches de l’églises viennent converser de concert avec les cloches enregistrées, mettant l’oreille en défaut, ou tout au moins la laissant dans l’expectative, sauf sans doute pour les habitants du cru.

Vidéo

Il m’est toujours agréable de jouer de postures sérendipiennes, pour construire de surprenantes zones sonores ludiques.

Poursuivant par une sorte de dispositif rituel commun, je distribue là encore les enceintes dans le creux de la main de spectateurs auditeurs. Nous repartons, via d’étroites ruelles, vers la chapelle qui constitue notre lieu d’arrivée. A nouveau, les sons se jouent des architectures resserrées, les participants, plus nombreux que dans les parcours précédents, s’échangent naturellement les boules sonores, certains en profitant pour tester des espaces de diffusion originales, descente de chenaux, renfoncements de pierre, ou dessiner dans l’espace des traines sonores de par leurs gestes…

Le village de petite taille, à l’architecture sinueuse, méandreuse, se prête à merveille à ce type d’expériences in situ et favorise bien des échanges en fin de parcours.

Au final, trois journées, trois parcours, avec un script-séquençage assez similaire dans la façon d’écrire et de de présenter peu à peu le paysage sonore (j’écoute, je marche, j’installe, les participants deviennent acteurs spacialisateurs de sons…).

Néanmoins, chaque parcours reste au final tellement différent, unique en son genre. Les acoustiques n’y sont bien évidemment pas les mêmes, les sources sonores non plus, très différentes selon la géographie, la topologie des lieux, leurs emplacements dans l’espace, l’heure, et bien sûr, un public spécifique pour chaque site.

Au terme des trois circuits, les échanges et causeries vont bon train, les auditeurs étant très curieux d’en savoir plus, ou désireux de partager leurs expériences sensibles.

Après chaque PAS, Yuko  Katori et Jean Voguet poursuivent la déambulation par une diffusion acoustique qui prolonge naturellement, assez sereinement, les écoutes paysagères des PAS.

Expérience toujours renouvelée qui me permet d’installer tant de mise en scène d’espaces sonores, petits ou grands…

Géophonèmes 2015– Crane Lab –  Desartsonnants

Partenariats –  Collectif La MéandreAbi/AboEspace o25rjj

les prochains PAS seront helvétiques…

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A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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