Apparition/Disparition


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Le commando des souffleurs poétiques, 

Apparition disparition

Tout d’abord, sensible aux mots et aux images qu’ils véhiculent, j’aime le nom de ce Commando des souffleurs poétiques.

Certes, le commando est a priori un brin guerrier, mais il est si vite adouci, voir pacifié par le complément des souffleurs poétiques.

Souffler de la poésie, qui plus est au creux de l’oreille, est une très belle chose, surtout dans un monde trop souvent emballé et chaotique.

Un commando pacificateurs qui prodigue des douceurs textuelles est donc forcément le bienvenu.

Souvent, je pense que le geste culturel en espace public est d’autant plus fort s’il participe à la diffusion et le partage d’idées généreuses et bienveillantes, sans toutefois tomber dans une zénitude lénifiante à l’eau de rose.

De la première fois où je me suis fait cueillir par le commando, à la descente d’un bus, au centre de Besançon, doucement abordé par un groupe de personnes toutes de noir vêtues, parapluies noirs, longues cannes creuses noires en main, je m’en souviens encore très fortement.

En silence, dans de lents mouvement, cette étrange troupe venait nous susurrer à l’oreille, à distance, à l’aide de leurs tubes « rossignols », je crois que c’est leur nom exact, des bribes de poèmes, de textes philosophiques…

Dispositif simple s’il en fut, mais d’une efficacité sans pareil.

L’effet de surprise nous ravit, dans ces rencontres pour le moins inattendues, ces instants suspendus, ces décalages sensoriels où la ville devient soudain plus souriante, apaisée, poétique, dans tous les sens, voire l’essence du terme.

 

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Ces silhouettes noires, qui pourraient de prime abord inquiéter, sont pourtant vectrices de douces paroles, avec à la fois une pertinente distance, celle de leurs cannes, et jouent sur une incroyable proximité intimiste, celle d’avoir leurs voix, leurs souffles au creux de l’oreille.

Le choix des texte est varié judicieux, parfois surprenant, parfois douce provocation vocale, et façon originale d’apporter la lecture, le texte, l’image mentale, à portée d’oreille du passant. Les textes peuvent nous cueillir, si ce n’est nous accueillir au coin de la rue, d’une terrasse de bar, d’un hall de médiathèque, à l’orée d’une forêt, une descente d’un bus…

Nous somme ici dans une forme d’intervention qui peut apparaitre dans l’espace public aussi vite qu’elle peut disparaître, s’évanouir dans la ville, en ne laissant comme trace fugace et néanmoins tenace, que la réminiscence mémorielle de ces corps sombres, et de ces voix qui sont entrées en nous, dans notre pavillon personnel. Apparition/disparition dit bien le côté éphémère de l’action, du mot qui sonne doucement comme il s’éteint très vite. 

L’espace n’est en rien troublé par une surenchère bruyante, tout reste dans le chuchotement que seule perçoit la personne abordée. La non invasion sonore, en tout cas systématique, d’un espace public est une posture de la création qui m’habite et me questionne de plus en plus.

Ce sentiment que notre intimité a été à la fois bousculée et respectée, surprise et protégée, est une des grandes forces de ces gestes minimalistes qui jouent sur des rythmes mouvants, des ombres presque fantomatiques au cœur des cités.

Il y a quelque chose de l’ordre d’une esthétique de la fragilité, où le sonore est l’expression d’une force tranquille, pour rester dans l’ambiance littéraire de l’effet textuel oxymorique.

Souffler c’est bien jouer, et si vous croiser le commando, tendez leurs l’oreille, elle vous en sera grandement  reconnaissante.

 

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https://www.les-souffleurs.fr/

A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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5 commentaires pour Apparition/Disparition

  1. Superbe article ! Merci Gilles de nous emmener ainsi au delà des espaces et des sons.

  2. Kilda dit :

    Très intéressant. Ca me fait penser aux Brigades d’Interventions Poétiques. Brigade, c’est d’ailleurs aussi un brin guerrier…

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