Migrations, music/sounds for exhibition, le CD Transonic


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Migrations, au pluriel, est au départ une exposition audio-visuelle itinérante, puis un CD s’y rapportant. Elle est composée  de 30 tableaux peints par l’artiste Ivoirien Jacob Bleu,  et d’une installation d’une douzaine de paysages sonores composés par Paradise Now aka Philippe Franck, du label Belge Transonic  de Transcultures

Le sujet est brulant, d’actualité, la, les migrations, et plus souvent hélas l’exil brutal, la fuite devant les atrocités de la guerre, des conditions politiques et sociales inhumaines, de climats devenant invivables, l’espoir d’être accueilli dans des ailleurs plus cléments, les périples trop souvent tragiques, mortels, des politiques pas toujours bienveillantes, c’est un doux euphémisme… Bref, une catastrophe humaine en cours, à grande échelle.

Si je n’ai vu à ce jour que des photos de l’exposition, avec de belles toile de Jacob Bleu, j’ai écouté le CD donnant à entendre les 13 compositions de l’exposition. Ce CD tiré en édition limitée est lui-même un bel objet esthétique, dont la pochette illustrée de « tableaux migratoires » donne d’emblée envie d’en savoir plus, avec nos oreilles.

Les pièces musicales, ou sonores, quelle est la frontière – pour rester dans la problématique – entre les deux, ou quelles sont les lisières, les interstices, les entre-deux, ou encore les hybridations fécondes, sont un voyage dépaysant à elles seules.

Pas de pathos ou de tragique exacerbés. Pas d’effets hollywoodiens surjoués. Pas d’illustrations kitchimement exotiques. Pas de World Music ostentatoire. Au contraire, une retenue, une humilité sans doute, qui ne courbe néanmoins pas l’échine, résignée à son sort douloureux,  mais au contraire rêve de terres nouvelles, sans pour autant oublier ses racines.

La mer, les voix, les mélopées, les instruments, les réminiscences rythmiques de l’Afrique, ou d’ailleurs, les nappes sonores, croisent divers courants, influences, plutôt apaisées, ou en tout cas dans un espoir d’apaisement. Tout cela résonne, dialogue, se frotte, entre les sons et les peintures, déjà elles-mêmes rythmiques, en mouvement si je puis dire, toujours en se respectant dans leurs intimités et histoires singulières.

Les sonorités ouvrent des horizons divers où on sent parfois l’incertitude des traversées, au sens large du terme, (The violence of Dystopia, A flock of colors), parfois la pulsation qui maintient l’espoir d’une Terre, non pas promise, mais au moins partageable et vivable (Keep the Pulse, Temporary Playground). Ces interprétations, ressentis, sont néanmoins tout à fait personnels, chacun pourra lire d’autres parcours dans sa propre intimité et expérience.

Ce CD nous offre un voyage intérieur questionnant, dans une fausse quiétude teintée à la fois d’espoir d’angoisse. Comment vivons nous face à ces tragédies à répétition, à l’heure où un populisme inquiétant érige des murs et ferme les frontières, où des mafias vendeuses de rêves envoient à grands prix des milliers de personnes à la mort, où des États accueillent dans des camps de réfugiés des milliers de personnes dans des conditions parfaitement inhumaines, où les administrations balisent le parcours de ces migrants de mille obstacles juridiques ? Comment l’artiste peut, modestement, pointer ces situations à la limite du soutenable, mais en gardant encore l’espoir d’un lendemain qui chanterait, au moins un peu mieux ?

Paradise Now
Concepteur/producteur/créateur transculturel et sonore basé en Belgique, Philippe Franck a développé depuis les années 90, le projet Paradise Now qui privilégie une démarche activement transversale et collaborative. Il a travaillé étroitement avec divers vidéastes (Régis Cotentin, Hanzel & Gretzel), poètes (Ira Cohen, Gerard Malanga, Werner Moron dans Les ours bipolaires, Eric Therer pour le projet & Stuff), chorégraphes (Nadine Ganase, Manon Oligny, Karine Ledoyen), artistes numériques (Philippe Boisnard, Franck Soudan, Jacques Urbanska) et autres musiciens (récemment Christophe Bailleau au sein du duo Pastoral, Gauthier Keyaerts dans Supernova). Depuis 2005, il collabore étroitement avec la performeuse/masseuse holistique Isa Belle pour une série d’installations et de performances « sonsorielles » diffusées dans de nombreux festivals, centres culturels et événements internationaux. Il a également produit et participé à plusieurs disques sur divers labels indépendants (Sub Rosa, Optical Sound, Transonic…).

 

Jacob Bleu – Obsédé par le mouvement https://www.culturiche.com/2018/05/14/jacob-bleu-obsede-par-les-mouvements/

 

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Jacob Bleu « Migrations

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Jacob Bleu « Migrations

 

Migrations en écoute et en achat sur Bandcamp Transonic, par pièce, au format numérique ou CD https://transonic-records.bandcamp.com/album/migrations

A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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