Pastoral/l’échappée belle, Firebird, textes, images et sons


Pastoral/l’échappée belle

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Pastoral, l’échappée belle, est un petit recueil de textes de Philippe Franck, le fondateur et directeur artistique de Transcultures et du festival City Sonic, et des photos de Christophe Bailleau, artiste poly ou pluri-média, ainsi que de Julie Maréchal, sans doute la seule du trio que je n’ai jamais rencontrée, les deux autres étant des connaissances de déjà de longue date.

Le livret est illustré en couverture d’un belle photo de micro pointé vers… le ciel, ou le paysage, ou le monde, une partie du monde, vers un horizon ouvert et poétique, flou dans son horizon, comme incertain. Les textes et images sot diurnes, ou nocturnes, ou dans un entre-deux surréaliste, mais ne sommes-nous pas en terres Belges, comme en écho à quelques Delvaux ou Magritte. A leurs nuits et jours eux aussi incertains…

Les images font contrepoint. Elle ne soulignent pas forcément, ne répètent pas, ne contredisent pas non plus, elles brodent des à-côtés, des résonances, des discours croisés, parfois des réminiscences. Dialogue, l’œil saute du mot à l’image, hésite parfois, s’arrête ici ou là, et de fait, crée son propre parcours.

Je lis et regarde le texte en silence. Même si un CD accompagne le texte. En silence, même si le texte bruissonne sans cesse. Son auteur serait-il (aussi) musicien, ou intéressé par la chose sonore. Le son d’une machine, des corps et cœurs qui se parlent, le vacarme des armes, le haut-parleur/message, les bruissements terrestres, la musique inaudible, your hertbeat, l’explosion d’artifices, la voix des défunts, une cascade de pétillements… Je cité, entre autres.
Je relis maintenant, et relie aussi le texte avec les sons de l’Échappé belle. Musique de Christophe Bailleau et Philippe Frank.
Autre contrepoint. Des ambiances un brin planantes, qui ne viennent pas là encore bousculer ou contredite textes et images. Des boucles tranquilles, plus ou moins. Des échantillons sonores par collages ou juxtapositions.
Une ambiance Sonopoétic résolument transmédiale.

J’écris ici comme je feuillette le fascicule, après plusieurs lectures, pas toutes linéaires. En lecteur frivole qui papillonne le texte, cligne des yeux sur les images (pour voir si les résistent, si elle ne sont pas leurres ?).
Les images résistent, et même persistent.
Le texte également.
De même les musiques.

Le haut-parleur sur sa chaise toise le micro dressé vers le ciel, où je ne sais toujours pas où. Feront-il boucle, rétroaction, Larsen, chaine sonore, ici encore muette, prête à s’auto générer ? J’extrapole. Privilège du lecteur regardeur que je suis ici.

La taille du livret autorises des sauts, des retours, des itérations, des extrapolations, questions en suspend que chacun peut poser ou répondre à sa façon. Encore un privilège du lecteur, insoumis, et captivé à la fois. Paradoxe.
Le livret autorise des divagations pastorales, des échappées belles, j’emprunte, pour s’achever, après moult détours via une mystérieuse centrale, un grenier-zoo libéré, sur un frétillement de vie libérée.

En rêveur pastoral, je l’ai échappé belle. Mais qui sait ?

http://transcultures.be/2019/01/27/pastoral-l-echapee-belle-cd-sonopoetics-transonic-label/

 

Firebird
Cahier poétique

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Autre livret, autre style, autre monde/univers.
Même si le surréalisme résiste ici aussi.

Le texte et la musique sont cette fois-ci de Christophe Bailleau, issues d’une résidence des Pépinières européens de création, n 2018. Après l’acquisition du livret on accède à un espace d’écoute et de téléchargement.

Le titre, Firebird, n’a pas manqué de me renvoyer, par association, à Stravinski et à se version musicale et dansée via Maurice Béjard du célèbre conte russe. Pourtant, ni le texte ni les musiques associées n’y font référence, et en tout cas, christophe Bailleau, l’auteur compositeur ne semble pas vraiment s’y référer.

Il déroule son texte, sans images cette fois-ci, plutôt des illustrations assez discrètes, toujours dans une veine surréaliste a priori bien assumée. « Ici, dans le salon de la comtesse », je cite ce qui me semble être un clin d’œil manifeste.

Des phrases parfois coupantes, lapidaires, entre altérations et aphorismes poétiques, proches de l’haïku, où je sentirais volontiers poindre une inquiétude sous-jacente, ou émergente. Inquiétude que je ressens aussi à l’écoute simultanée de l’album de Christophe.
Je joue le jeu ici de lire en écoutant son alter ego sonore, miroir contrepoint lui aussi.

Il y a des trous, des gouffres récurrent, mais pas seulement… Des univers distordus où univers se rétracte alors que le corps est en expansion. Autre paradoxe, celui du rêveur éveillé, ou de l’écriture quasi automatique.

Une remarque, une inquiétude lancinante :
Non
Ça ne peut pas être le futur chaque jour
Non

Révolte. Pas de fuite en avant ici.

L’auteur aime les gens, les gens différents. Et ce malgré une Belgique scindée en deux où s’éloigne la mer… Un brin de géopolitique contextuelle sans aucun doute. La rêverie n’exclue pas le quotidien, fût-il parfois moins serein qu’on ne le souhaiterait.

Ici aussi, un cri perdu, des chants, orages, jour amorphe, sifflements… en contrepoint, avec la musique que j’écoute, du même Christophe. Mon correcteur orthographique devient inlassablement impossible à vouloir remplacer son patronyme par baliveau, quand ce n’est bailleur ! Nous rêvons certes, mais là il exagère !

Et pour finir, « le bruit devient poussière », sans doute comme la granulation qui émaille la musique lancinante, sonopoétic, qui accompagne l’écriture de cet article.

Bien sûr, cette chronique est éminemment personnelle, subjective, sensible.
Gageons que d’autres pourraient y lire, voir et entendre tout autre chose dans ces livrets et ambiances sonores. Mais j’assume encore une fois le privilège du lecteur/écouteur que je m’offre moi-même pour livrer mes propres ressentis, mes approches personnelles de ces deux créations des éditions Transonics et Sonopoétics  espérant tout de même ne pas trop trahir l’esprit des auteurs respectifs.

 

http://transcultures.be/2018/12/05/christophe-bailleau-firebird-livre-cd-transonic-sonopoetics-2/

A propos Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier
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