Penser, vivre, créer avec le silence, des écrits


Le silence, voire les silences, questionnent régulièrement nos vies, donnant lieu à des ouvrages , des réflexions, convoquant aussi bien la musique, la philosophie, l’aménagement du territoire, la spiritualité, l’écoute, et au final la vie sociale dans son ensemble.

Du Silence de la mer, qui pourtant s’avère très bruyante à l’écoute, à celui des agneaux, ou de Nathalie Sarraute, le silence n’est pas, tant s’en faut, que l’absence de bruit.

Il est, intercalé entre les sons, celui qui fait naître le rythme musical, ou le rythme de vie, il est espace de recueillement, d’introspection spirituelle, il est recherche de calme dans la vie, la ville, contre l’envahissement sonore, il est parole bridée, ou non dit, retranchement, il est ce que l’on tait, pour le meilleur et pour le pire, il est résistance et protestation, il est espace anxiogène évoquant la disparition, la mort… Il est éminemment polymorphe, parfois antinomique. Il a ainsi, dans sa diversité stimulante, inspiré nombre d’artistes et d’auteurs.

Citons le musicien John Cage qui a consacré un ouvrage de réflexions autour de sa propre création, justement noté « Silence ». Le musicien, ayant déjà consacré une de ses œuvres majeure 4’33 (de silence), une pièce concertante acoustiquement non-jouée, et pourtant Oh combien jouée, jusque dans sa provocation ludique, va y recueillir des réflexions et autres discours autour de l’expérimentation qui lui est si chère. Un silence donc peuplé de paroles et de pensées en marche.

Avec Nathalie Sarraute et son livre également titré « Silence », c’est le silence d’un seul homme qui va enrayer les dires futiles de tout un groupe; réflexion sur la fragilité du langage, la défaillance du discours, entre banalités et non dit.

Alain Corbin, historien du sensible, contera dans l’ »Histoire du silence de la Renaissance à nos jours » différentes figures sociales du silence. Belle réflexion autour du silence monastique, religieux, y compris celui de Dieu, de l’étouffement du cri, de la douleur tue, des choses cachées dans les sociétés, tant dans les espaces familiaux que publics…

Et pour finir, un ouvrage philosophique à plusieurs voix, récemment publié, abordant à nouveau le sujet du silence, en tendant une fois de plus à penser le silence non pas comme un espace vide, négatif, mais au contraire extrêmement fécond, comme le souligne la recension rapportée ci-après.

Penser le silence
Ouvrage dirigé par Stéphane Breton

Néant, vide, rien : le silence est en général réduit à une pure négation. L’enjeu de ce volume collectif, piloté par Stéphane Breton, hypnothérapeute qui convie là artistes, philosophes et psychanalystes, est de donner à entendre la positivité, la « fécondité » du silence, selon le mot de Robert Misrahi. De même que le creux impalpable participe à l’existence du vase – célèbre exemple taoïste –, le silence fait « partie intégrante de la présence » – de la musique et de la parole en particulier, dont l’écho ne pourrait résonner sans respiration, souligne Francis Wolff. Le silence « n’est donc pas seulement absence de bruit. […] S’il est négation ou privation de son, il n’est pas négation ou privation de sens. Il est généralement, comme on dit, “lourd de sens” ». Pour qui sait l’écouter, il devient un signe, « avec cette nuance que […] ce qui fait signe n’est pas une présence matérielle […], c’est au contraire une absence ». Un signe infiniment polysémique, dont la signification risque sans cesse de nous échapper : « Le silence dit forcément quelque chose, mais il peut dire n’importe quoi. […] Aucun silence ne peut se différencier physiquement des autres. C’est pourquoi il peut tout dire. » Signe de tout, le silence est encore signe du Grand Tout chez certains mystiques. Encore faut-il, pour parvenir à cet état mutique de recueillement intérieur, résister à la tentation du bavardage incessant, manifestation de notre affairement distrait auprès des choses. Apprendre à se taire : telle est la condition d’un véritable épanouissement. « Toute création […] exige d’abord le silence du créateur […] de la maturation des idées », résume Misrahi. Cette « patience du silence » fait sans doute quelque peu défaut à notre époque bruyante.


Une recension de Octave Larmagnac-Matheron

1 commentaire

  1. bonjour,
    je t’envoie par mail 2 textes sur le silence et un à propos d’un phénomène d’écho décrit par Mark Twain

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