Des paysages, des sons, une artiste, Caroline Bouissou

Caroline Bouissou, Tentatives de paysages

 

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@Photographie Philippe Cadu – Observatoire – Caroline Bouissou – Cahors Juin Jardins, Cahors, Parc Tassart, France, 2015

Il m’arrive parfois d’être interpelé par une œuvre, ou un ensemble d’œuvres d’un ou d’une artiste. Une image, un son, une forme, un contexte, une mise en scène, une ambiance, un entrelacement de choses plus ou moins délimitées, définies, déterminées peuvent, en un instant, catalyser mon attention. Rien d’exceptionnel me direz-vous, l’artiste étant justement là pour capter l’attention, et plus si affinité.

Pour ce qui est de l’œuvre de Caroline Bouissou, c’est certainement son approche paysagère, sensorielle, qui m’a séduit, démultipliant points de vue et points d’écoute, motifs et matières, perceptions et sensations, au fil d’expositions, performances, installations…

Ici, la photo, la matière, végétale, minérale, la sculpture, le corps, se frottent au paysage, l’expérimentent, en décalent ce que nous croyions comme avéré,  le réduisent, l’agrandissent, le fragmentent, le cadrent, l’encadrent et le décadrent. L’oreille et l’œil sont à la fête, mais plus globalement, le corps entier, y compris et surtout, celui du spectateur, visiteur, auditeur. Espèces d’espaces sublimés, pour paraphraser Georges Perec.

Soleil, roches, fleurs, sont appréhendés comme autant de panoramas, d’observatoires, de fenêtres ouvertes, de macro ou de micro paysages que l’on sent d’emblée fragiles, à fleur de sens. Des textures/motifs fragmentent et reconstruisent au gré des mouvements et postures des paysages mouvants. (cf la photographie en tête d’article)

J’aurais donc, tendance à vouloir arpenter, symboliquement comme physiquement les œuvres-espaces de Caroline Bouissou comme des parcours intimes, voire de m’en inspirer sur mes propres cheminements, de les transposer comme des modes perceptifs sur mes propres terrains d’écoute.

Appelons cela une mise en écho, ou une résonance, pour filer la métaphore audio-paysagère.

Je mets ici en copie un  texte publié sur le site de l’artiste,  qui illustre bien cette démarche de nous positionner, un nous spectateurs, dans différentes postures et endroits du paysage.

Tentatives de paysages
L’expérience du paysage, la fugacité immatérielle de phénomènes naturels, la prédominance de la nature, à travers la mer, le ciel, à travers l’observation des lieux et des usages se retrouve tout au long du travail de C.Bouissou. Son atelier tient dans une valise : quelques livres, un appareil photo, un enregistreur, un carnet de note…
Elle traverse des lieux aussi bien familiers qu’exotiques à la recherche de matériel, d’images, de sons pour ses œuvres. Bien que C.Bouissou utilise différents médiums, l’installation, la photographie, le son… l’ensemble de son travail est sous tendu par une pratique de la performance. La performance est à la fois un bagage léger pour un voyageur, mais c’est aussi et surtout une relation au spectateur qu’elle interroge sans cesse. C’est lui son principal collaborateur, celui qui va imaginer ce qui habite les espaces vides, qui va compléter les images, les récits… c’est avec lui qu’elle crée.
De ses voyages elle ramène des enregistrements, narrations prises sur le vif auxquels elle construira des lieux spécifiques d’écoute ; des objets qui serviront de support aux projections d’images – souvenirs, (des pierres, un globe, ect.). Elle ramène des photographies de paysage qu’elle composera, décomposera en les découpant… Images et sons, ses récits de voyage sont offerts comme des prétextes, des supports à imaginer.
Toujours en quête d’invention, l’expérimentation tient une part importante dans le travail de C.Bouissou. Le paysage ou la « tentative de paysage » en est le motif. Son intérêt pour le paysage s’est développé au fil du temps, pétrit par le cinéma et la littérature, par la découverte des langues et du langage.
Comme elle aime le dire : « le paysage n’existait pas avant d’être nommé » (cf. Augustin Berque), La narration, le récit ont valeur cosmogonique. « Et maintenant qu’il est nommé, le paysage nous échappe encore sans doute par l’élasticité de sa définition ou par sa grande familiarité. Pourtant que dit mieux que le paysage notre rapport au monde ? » C’est au spectateur d’en faire son histoire. L’enjeu pour C.Bouissou est de provoquer de l’expérience, du «vivre» au sens de François Jullien «Vivre de paysage», de créer du mouvement, de la corrélation.

Qu’est ce que regarder ?
À quel moment l’expérience individuelle rejoint-elle l’universel ?
Peut on recréer une émotion esthétique ?
Quelle est la force de suggestion du langage ?
Qu’est ce que le paysage au delà de sa représentation ? Que révèle t’il ?
Peut-on voir une illusion par l’imagination ?
Comment l’espace mental du spectateur peut il être un espace de création ?
Qu’elle est la place du regardeur ?
Comment impliquer le public dans l’œuvre ?

C.Bouissou a étudié l’art, la pédagogie et étudie les neurosciences. Elle est influencée par les récits des explorateurs, aussi bien par les espaces immersifs de La Monte Young que par les performances d’Eric Duyckaerts. Dans un usage ordinaire le terme «paysage» est peu remis en question pourtant il regroupe des questionnements fondamentaux révélant notre rapport au monde. Des lieux-installations, des objets-sculptures, des déplacements-performances et des émotions esthétiques constituent les «Tentatives de paysages».

Sources : http://carolinebouissou.com/

 

Ce blog étant sensé être centré sur la chose sonore, il me faut donc le justifier, et en venir à une image (sonore), une œuvre, une installation qui, parmi la riche production de Caroline Bouissou, m’a tout particulièrement interpellé. Ceux qui connaissent mon « obsession des points d’ouïe » comprendront sans doute pourquoi.

Cette installation est un mixage d’ambiances in situ, de références cosmogoniques, non sans un clin d’œil à une féminité façon Courbet, nous offre différents degré de lecture, où la poésie est à fleur de tympan, sur fond panoramique qui attire le regard (et l’oreille) vers…

 

L’Origine du monde 2016
Installation sonore

origine

Aux sons ambiants modifiés par la chambre acoustique du coquillage-sexe féminin se mêle le son des voix de deux personnes en train d’assister à une pluie de météorites. Suivant la théorie scientifique « Panspermie » la vie se serait développée sur Terre avec les acides aminés apportés par les météorites…

Sources « Documents d’artistes » http://www.documentsdartistes.org/artistes/bouissou/repro.html

 

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